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sept 06

“La solidarité implique (…) humilité d’accepter la critique, curiosité et intérêt pour les points de vue et la culture des autres, capacité de se juger soi-même et enfin capacité de donner…”

Comment définir le mot solidarité(s) aujourd’hui ? Faut-il le laisser au singulier ou le mettre au pluriel ? Roland Biache (photo ci-contre), délégué général de Solidarité Laïque, nous répond.

“La solidarité, je laisse au singulier pour le moment, revêt des aspects multiples.

D’une notion juridique dans un premier temps, elle a très vite occupé le champ du social, de la morale et de la politique.

Elle possède à la fois une forte charge émotionnelle, un « état d’esprit spontané » lié au vécu de chacun qui fait le désir de partager avec l’autre… au risque d‘entraîner une dépendance (réciproque ?) et un sens du devoir moral qui implique d’assurer à toute famille, à tout village ou quartier, à toute nation ou à tout autre espace (l’Europe, le Monde) protection et sécurité.

Depuis les années 80, le libéralisme s’est imposé comme idéologie de référence du fonctionnement collectif, induisant une relativisation du social et du politique autrement dit :

– La société ne peut pas tout, elle a besoin de l’Etat ;

– L’Etat ne peut pas tout, il a besoin du concours des sociétés et des citoyens.

C’est entre ces deux acceptions que doit pouvoir se développer une économie au service de l’Homme, celle voulue par ce que l’on nomme désormais l’économie sociale et solidaire

L’ESS, dans sa promesse utopique, est à même de « réconcilier l’horizontalité sociale et la verticalité étatique, de réaliser l’une par l’autre » (MC Bais).

Elle est porteuse de cette solidarité qu’H. Pena Ruiz décline autour de 5 grandes formes de solidarité :

– sociale : comme condition d’harmonie entre les hommes. Une politique sociale doit être « structurante », pas seulement réparatrice, avec en perspective l’idée d’une solidarité universelle du genre humain. C’est débattu à l’OIT. Une fiscalité mondiale doit être mise en place : les Taxes sur les Transactions Financières notamment

– écologique : comme condition de sauvegarde la nature donc des humains. A quelques mois de Rio + 20, il est grand temps de prendre des mesures à même de réduire sérieusement les GES, la pollution de l’air et de l’eau, le déboisement… Au-delà des querelles sémantiques, « développons » le développement durable.

– cosmopolitique : comme condition de paix par la justice également rendue à tous les peuples, qui transcende les frontières et qui concerne toutes les victimes d’injustice (la constitution républicaine de Kant comme outil majeur, l’internationalisme de Jaurès….)

– laïque : comme condition de coexistence des croyants et des athées. Le prima de la loi commune sur tout enfermement particulariste est – devrait être – une émancipation et non une oppression. Comment (re)donner à chacun/e confiance en lui/elle-même qui induit confiance en les autres et dans les cadres collectifs qui doivent protéger et émanciper ?.

– culturelle où chaque culture particulière peut prendre place, aucune culture n’ayant le monopole de l’universel. Pour cela le souci de discernement est nécessaire, ce n’est pas le « tout ou rien ». L’ethnologie – au risque d’être schématique – a figé les cultures les unes par rapport aux autres (approche statique) et « sanglot de l’homme blanc » oblige sans doute, le relativisme culturel, sorti de sa légitime dénonciation du colonialisme, enferme de fait chacun dans sa « différence » (mutilations sexuelles par exemple).

Je dirai que la recherche de la solidarité implique, individuellement et collectivement, volonté d’échanger, humilité d’accepter la critique, curiosité et intérêt pour les points de vue et la culture des autres, capacité de se juger soi-même et enfin capacité de donner qui est de fait un enrichissement sur le plan moral et intellectuel.”

Propos recueillis par ED